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Le Festif! 2018: des lendemains qui chantent
Entrevue - Arts et culture - Reportages

Article et entrevues: Nathan Murray Captation vidéo: Shana Warren et Sophie Humphreys Photos: Shana Warren Montage: Sophie Humphreys et Nathan Murray

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On l’a connu petit, négligé, anonyme. À l’époque, il flânait au Parc de Gouffre, déjà passionné, mais incertain de l’avenir. Le voici désormais à la une des journaux nationaux, couru par tous les mélomanes de la province (et d’ailleurs), épicentre du rasta et de la barbe longue, pileux comme pas un, joyeux comme un marchand d’air climatisé en pleine canicule, exubérant à faire pâlir les fans de l’équipe de France de football. Festif, quoi ! Et pour cause : c’était à Baie-Saint-Paul, du 19 au 22 juillet dernier, qu’on trouvait le plus grand nombre de festivaliers par habitant, le plus grand nombre d’artistes par festivalier… et la plus grande concentration de westfalias ahanantes au kilomètre carré au Canada. Peut-être même en Amérique du Nord. C’est dire.

Si Jean Chrétien était encore Premier ministre, il dirait sans doute du Festif !, reprenant là une opinion devenue commune, qu’il s’agit du « plus meilleur festival du monde ». N’ayons pas peur des mots. Lors de quel autre événement peut-on entendre Patrick Watson jouer du piano sur une plage, le vent dans ses cheveux blonds (poivre et sel ?), le soleil à l’horizon ? Stéphane Lafleur faisant résonner ses accords dans un champ à l’aube, devant une foule émerveillée (et quelques moutons bêlant), enrobée dans ses couvertures, enivrée de beauté ? Yann Perreau pousser la note sur un élévateur, en pleine rue, arrosant les passants de confettis depuis les hauteurs ? Où donc peut-on croiser sur une base régulière Philippe Fehmiu faisant étalage, en camisole, des formidables muscles de ses tympans ? À quelle autre occasion, je le demande, risque-t-on de tomber sur Sarah-Jeanne Labrosse, Marilyn Castonguay, Julianne Côté, Pénélope McQuade ou Patrick Watson (encore lui !) à presque tous les coins de rue ?

Le Festif !, c’est un peu tout ça : une brochette de moments uniques, inoubliables, profondément originaux… D’ailleurs, on l’a tellement répété, ces jours derniers, qu’on y croit peut-être un peu moins qu’avant. Une centaine de spectacles, des dizaines et des dizaines d’artistes, une programmation éclectique et affolante… Parfois, à travers tout ça, on tombe nécessairement dans le plus ordinaire, dans le moins remarquable, dans le presque oubliable. Go-xplore.com vous offre un retour tout ce qu’il y a de plus subjectif sur quelques morceaux choisis, entre grandes joies, merveilleuses rencontres et petites déceptions.

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Jeudi 19 juillet, 17h00, Hôtel Le Germain : les amours tourmentées de Pierre Lapointe

« Jour 1, amour numéro 1, c’est l’amour suprême », chantait Louane il y a quelques années (à quand, au fait, une prestation de la coqueluche française au Festif ??? Ça, mes amis, ça, ce serait du coup de théâtre ! De la surprise ! De l’événement !). La star de Ze Voice et de La famille bélier est sans doute dotée du don de prescience : premier jour, premier spectacle du Festif !, premier gros coup de cœur (observez la finesse du lien). Pierre Lapointe, éclatant de couleur comme à son habitude, s’est amené à la salle Multi de l’Hôtel la Ferme avec son spectacle acclamé par la critique, La science du cœur. Quel formidable moment musical ce fut ! Pendant près d’une heure et demie, le troubadour est parvenu à transformer le sinistre entrepôt qui sert de salle à tout faire à l’hôtel de prestige en temple du chagrin amoureux.

Étrange choix de programmation, peut-être, que de placer un spectacle intimiste et dépouillé – « introspectif », dirait l’artiste – en ouverture d’un événement dont le nom suggère subtilement un bon gros party en plein air plutôt qu’un tour de chant pas spécialement guilleret en intérieur, avec chaises (Dieu bénisse les chaises)… Mais au fond, qu’importe : quand le produit est de qualité – et il l’était ! –, on pardonne bien des choses, et il en faut pour tous les publics. Accompagné par deux musiciens – Philip Chiu au piano et Jao Catalao au marimba –, l’auteur-compositeur-interprète a fait merveille sur scène, malgré les interminables allées et venues des festivaliers (en plein air, passe encore, mais en salle, ce petit manège peut provoquer bien des toussotements polis – ahem ahem, teheu teheu, vous voyez le genre). Toujours drôle à en pleurer et doté d’un savoureux sens de l’autodérision, le chanteur a ponctué son spectacle de trop rares interventions parlées, dont une mémorable réflexion sur les « petits cons » (et les « petites connes », on est en 2018) et sur l’étonnante capacité des humains à se sortir de la merde… pour mieux, « 90% du temps », y replonger à la première occasion. La mise en scène, dépouillée et fondée sur un habile jeu de couleurs grâce à quelques longs tubes néon installés en arrière-scène, a elle aussi fait merveille.

Une splendeur, on vous dit ! Dont on vous offre d’ailleurs un aperçu, en plus d’une entrevue avec Pierre Lapointe lui-même : généreux, l’artiste nous parle de ses chansons déprimantes… avec beaucoup d’humour !

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Vendredi 20 juillet, 12h, Quai Bell : planer au-dessus de la baie avec Matt Holubowski

Bon, soyons honnêtes : le site est hors-compétition. Même à Tadoussac ou à Petite-Vallée, dur-dur d’accoter la scène du quai de Baie-Saint-Paul, avec le fleuve qui s’étire paresseusement entre les battures, les montagnes qui dressent leurs vertes splendeurs de chaque côté de la vallée du Gouffre et l’Isle-aux-Coudres qui pointe le bout de son nez à l’horizon. Mononc’ Gilbert y présenterait ses improvisations vocales de fin de soirées bien arrosées que ce serait beau pareil et qu’on en redemanderait. Alors quand c’est Matt Holubowski qui s’avance sous le brillant soleil de midi, cheveux aux vents, difficile de ne pas se dire, avec une pointe de chauvinisme bien placée, qu’il n’y a pas sur terre un seul lieu où on voudrait davantage se tenir en ce moment précis (sauf, peut-être, aux îles Fidji, mais c’est quand même plus cher).

Il fallait voir les festivaliers qui se pressaient de bon matin (quand on s’est couché au milieu de la nuit, si même on s’est couché, midi, c’est l’aube) sur la rue Sainte-Anne pour parvenir à l’Éden local. Fêtards en rémission, petites familles, joyeux drilles, locaux curieux, kayakistes rusés : le quai était plein d’une heureuse rumeur, qui s’est muée en applaudissements nourris lorsque le finaliste de La Voix – protégé de Pierre Lapointe ! – s’est finalement avancé. Immédiatement, son folk planant s’est élevé, emplissant l’espace malgré la brise marine qui soufflait ferme – bénie soit-elle, d’ailleurs, avec cette chaleur ! Et malgré l’heure et le ciel bleu, l’atmosphère s’est immédiatement électrifiée. Calme, Matt Holuboswki ? Éthérée, sa musique ? Pas que ! Si les pièces plus douces et méditatives ont été nombreuses – mais tout aussi efficaces et enveloppantes, même en plein air et en plein vent, ce qui relève du tour de force –, l’auteur-compositeur-interprète a aussi offert des moments d’une formidable intensité, solides, puissants, fermement ancrés. Une performance sans faute, ou presque – parfois, dans les quelques pièces en français, on perdait les mots, l’élocution et le rythme décomposaient les phrases et obscurcissaient le sens. Pour le reste, le moment était parfait : le soleil, le vent, une bonne bière de la micro et les formidables arrangements d’un artiste visiblement heureux d’être là, devant un public ravi… Du grand Festif !

Vendredi 20 juillet, 18h30, Hôtel le Germain : les atomes voyageurs de Martin Léon

Le voilà qui arrive, bonhomme, main tendue, sourire fendu jusqu’aux oreilles. En face de nous se tient, se dit-on, un homme authentiquement heureux, d’une immense chaleur humaine, sincèrement content de nous voir. Il nous parle comme s’il nous connaissait depuis toujours et on a l’impression, en discutant avec lui, de retrouver un vieil ami. Après quelques minutes, alors qu’on arrange micros et fils, on s’entend parler de Spartacus, d’aqueducs romains et de sa thèse de doctorat à un public qui – on doute, on se pince, mais ça semble bel et bien vrai –montre un véritable intérêt. Ah ça ! pense-t-on, ça s’annonce bien, cette entrevue ! Plus que bien, conclut-on après coup. L’artiste parti, toute l’équipe se regarde, hoche la tête, sourit, heureuse d’avoir capté l’instant : c’en était une belle, de celles qui n’arrivent que quelques fois par année. Heureuse rencontre !

Un peu moins de deux heures plus tard, impatients, dans une salle comble, on attend le début du spectacle. Les lumières s’éteignent et Martin Léon entre sur scène, seul. Derrière lui, un Power Point (ceux qui ont l’âge de se souvenir de leurs années d’école, et ils sont nombreux, frémissent). Sur scène, quelques instruments, quelques accessoires. Dans la tête de l’artiste, une tonne d’histoires, d’anecdotes, de chansons, et une poésie forte, vibrante, terriblement humaine. Le musicien raconte ; le conteur chante. Il dit l’Asie, la découverte, le dépaysement. Il touche à l’universel. Blagueur, il saisit une immense baguette de maître d’école et nous parle d’atomes, de neutron, de noyau. Nous voilà plongés au cœur de la jungle du Laos ou dans les rues odorantes de Bangkok. Sur l’écran, les photos défilent. Le bruit des criquets envahit la salle de concert puis, lentement, se mue en musique. La magie opère : de différents voyages naissent diverses chansons. Martin Léon, auteur, compositeur, chanteur et enchanteur, raconte la genèse d’un album, la rencontre et la fusion des atomes.

Car c’est cela, le projet du musicien : dans un format profondément original, à la fois conférence, making-of, soirée de contes et tour de chant, l’auteur-compositeur-interprète raconte à un public captif la naissance de son album Les atomes, paru il y a maintenant huit ans. Show unique, inhabituel, fascinant, livré par un maître de la musique et du récit. Un tour de force, présenté pour la toute première fois dans Charlevoix. Chapeau l’artiste, et chapeau le Festif !: voilà, dans le cadre d’un festival fondé sur le party, un choix de programmation audacieux.

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Vendredi, 20 juillet, 21h45, Scène Desjardins : la grand-messe reggae de Tiken Jah Fakoly

On l’attendait avec impatience. Les organisateurs en rêvaient depuis des années. Après Alpha Blondy en 2014, le Festif ! est parvenu à programmer pour sa neuvième édition Tiken Jah Fakoly, l’autre grande figure du reggae africain. Ah, ils étaient nombreux, les rastafariens et les fans de Bob Marley, à attendre leur idole ! Grand, impressionnant, vêtu d’un habit traditionnel (avec pantalons en-dessous, attention : il faut savoir être de son temps), les rastas volant au vent et la barbe poivre et sel, le monument ivoirien est entré sur scène en courant, bâton de pèlerin à la main. La foule a immédiatement éclaté en vivats : tout le monde ne le sait pas au Québec, mais Tiken Jah Fakoly (du reste un habitué de la province), c’est un peu, beaucoup une légende vivante. Une icône, engagée corps et âme dans une lutte pour la liberté de son peuple contre les « chauves-souris » qui s’accrochent au pouvoir et les exploiteurs de tous acabits.

Si les sujets des chansons sont éminemment politiques, comme souvent avec le reggae, la musique demeure festive, volontaire, libre - libératrice. Le 20 juillet dernier, la place Desjardins tout entière vibrait aux rythmes des hymnes dansants interprétés par l’artiste et son grand équipage. La section de cuivres et les choristes, dynamiques, ont su insuffler un folle énergie aux milliers de festivaliers, alors même que le chanteur parcourait la scène en tous sens, en grandes et rapides enjambées, son boubou voletant autour de lui. Un peu partout, sous le feu des éclairages, l’œil captait les couleurs rouge, jaune et vert des vêtements et des bannières des passionnés. Aux côtés d’extatiques milléniaux se déhanchaient de fringants soixantenaires. Ah, elle est belle, la jeunesse ! Il est beau, l’âge d’or !

Si l’atmosphère était joyeuse, on avait déjà connu des soirées plus déchaînées dans la cour de l’école Thomas-Tremblay. La musique était là, pourtant, l’énergie sur scène, la force et la qualité de l’interprétation. Reste qu’il manquait quelque chose. Suffit de se rappeler, justement, la folie de la foule lors de la performance d’Alpha Blondy il y a quelques années, sous la menace de l’orage ; la symbiose parfaite entre le groupe australien et le public pendant le spectacle de The Cat Empire, première grande tête d’affiche internationale à avoir séduit « small Baie-Saint-Paul » ; l’atmosphère électrique et surréelle des shows inoubliables de Lisa Leblanc et Daniel Bélanger l’an dernier. C’était peut-être la chaleur écrasante ; peut-être aussi l’hétérogénéité d’un public qui dépasse désormais largement le cercle des initiés (et presque les limites d’un site utilisé plus qu’à pleine capacité). L’ambiance était belle, sans être survoltée ; le moment était fort, sans être exceptionnel. Toutes les soirées ne peuvent être parfaites. Du reste, on ne se plaindra pas : quand on pèse 130 livres mouillé ou qu’on sort en famille, et qu’on est serrés comme des sardines dans une nasse, une foule plus sage diminue d’autant le risque d’être écrasé par un body surfer négligent ou projeté au sommet du clocher de la Maison Mère par des hipsters gymnastes amateurs.

Il n'empêche: ce fut une heureuse rencontre. Précédée d'une autre, quelques heures plus tôt, une entrevue donnée en toute simplicité par l'artiste, d'un calme impressionnant, d'une gentillesse, d'une générosité et d'une humanité touchantes.

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Samedi 21 juillet, 17h30, scène Radio-Canada : irrésistible Gabrielle Shonk !

Un chapiteau, en plein centre-ville. L’an dernier, Martha Wainwright y a séduit les festivaliers dès son premier sourire. La veille, un Fred Fortin épatant (on devine : avec la configuration de la scène, impossible de voir l’artiste au-delà de la troisième rangée debout, à moins de mesurer six pieds six pouces, assis qu’il était sur son tabouret) y a joué l’homme orchestre en solo. Aujourd’hui, c’est Gabrielle Shonk qui s’avance, rayonnante en robe bleue à fleurs blanches. Côté sourire, la jeune chanteuse n’a rien à envier à Martha : même présence lumineuse, même visage franchement heureux, en un peu plus discret, un peu plus gêné. Côté talent, elle n’a pas à rougir non plus, l’auteure-compositrice-interprète de Québec : quelle voix, quel sens mélodique, quelle authenticité !

Quelquefois, sans s’attendre à rien, sans trop savoir pourquoi on a choisi ce spectacle-là, à ce moment précis, on tombe tout simplement sous le charme. On se dit après coup, presque horrifié : et si j’avais manqué ça ! Et si, épuisé par trois jours de festival (on a la constitution qu’on peut), je m’étais assoupi à l’ombre d’un arbre ? C’eût été impardonnable. Car dans le chapiteau bondé, il s’est bel et bien passé quelque chose entre la chanteuse et son public, conquis, énergique, atomique. Jusqu’au petit garçon – quatre ou cinq ans à peine –, blond comme les blés, décoiffé par la moiteur, qui s’est précipité devant la scène en se trémoussant, tentant même d’aller rejoindre l’artiste en se hissant vaillamment sur la plate-forme, sous le regard amusé de sa mère, du groupe de musiciens et de l’ensemble des spectateurs.

En formule élargie, elle sonne fort, Gabrielle Shonk : elle n’est pas aussi sage qu’elle en a l’air, la jeune femme en robe bleue. Elle sait donner du tonus à son folk inspiré, qui emprunte ça et là de vigoureux accents blues ou même rock. La voix est superbe, particulièrement émouvante lors des pièces planantes ou des ballades plus éthérées (sans pour autant être indistinctes, chose rare) ; puissante, aussi, juste mais ample, rythmée, émouvante et accrocheuse. Quant aux musiciens, Simon Pedneault en tête – l’insulaire est un fidèle complice de Gabrielle, dont il a notamment réalisé l’album –, ils étaient impressionnants de fougue. Un coup de cœur, on vous dit. La formule est usée à la corde, pas toujours sincère, mais lorsque l’artiste, solaire et ravie comme une gamine, a déclaré vivre un moment exceptionnel, unique, on l’a cru. Pour une raison très simple : pour nous aussi, le moment était extraordinaire. La preuve : quand Matt Holubowski a ramené sa folle chevelure pour un duo, lors du rappel, on était à peine surpris. Conclusion logique, pensait-on, d’un concert inoubliable.

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Samedi 21 juillet, 20h, scène Desjardins : Vincent Vallières, on l’aime encore

Il l’a, l’affaire, Vincent Vallières. Un an après son exceptionnel show surprise offert dans le bucolique jardin de la désormais célèbre Kim, devant un public enchanté qui débordait des haies et des clôtures, le p’tit gars de Sherbrooke était de retour au Festif !, cette fois sur la grande scène. Toujours sympathique, à l’aise, professionnel, l’auteur-compositeur-interprète a fait merveille. Voilà un show rassembleur, énergique, rodé au quart de tour – en un mot, efficace. Mais il serait réducteur de s’en tenir là : le spectacle de Vallières, parfaitement calibré, est juste en tous temps et en tous points, d’une justesse électrisante, vivifiante. Un vrai bon show de festival, capable de faire chanter ensemble quatre mille personnes avant de les laisser aller heureux et satisfaits, fredonnant un air connu par cœur.

Car la chose est indéniable : le public connaît Vincent Vallières. Pas une chanson qui ne soit reprise en chœur par la foule et renvoyée à l’artiste sur scène par des centaines de voix. Ah oui, celle-là !, se dit-on souvent lorsqu’un artiste entonne enfin LA toune, celle qu’on attend depuis le début du spectacle, celle pour laquelle, tout compte fait, on s’est déplacé. Avec Vallières, toutes les pièces sont un peu « celle-là ». Lili, L’amour c’est pas pour les peureux, Café Lézard, On va s’aimer encore, jusqu’à la toute nouvelle À hauteur d’homme : on pourrait accumuler les titres presque au hasard, commencer à chantonner dans un lieu public… Il se trouverait toujours, on y mettrait notre main au feu, quelqu’un pour reprendre la ritournelle avec le sourire. En sept albums, le chanteur a su investir le répertoire populaire, fédérer les publics, sans jamais renoncer à sa couleur musicale : impressionnant tour de force, que nous a rappelé sa prestation du Festif ! On va l’aimer encore, et pour longtemps, Vincent Vallières !

Samedi 21 juillet, 21h45, scène Desjardins : l’hommage à Desjardins, on l’aime-tu ?

C’était sans doute l’un des moments les plus attendus de cette neuvième édition. Une douzaine d’artistes réunis sur les planches pour un grand spectacle collectif, hommage vibrant rendu à l’un des géants de la chanson québécoise – Richard, pas Boom, même si son influence sur Kaïn a sans doute été moindre. Yann Perreau, Philippe Brach, Koriass, Mara Tremblay, Keith Kouna, Salomé Leclerc, Philippe B, Stéphane Lafleur – et on en passe ! –, tous rassemblés sur la scène principale du Festif ! – la scène Desjardins, ça ne s’invente pas – pour la reprise exceptionnelle de ce spectacle-événement, présenté notamment aux Francofolies et au FME en 2017. Ah, ce qu’on avait hâte à cette dernière soirée ! Les grands rendez-vous dédiés à la musique québécoise francophone concoctés par l’équipe du Festif !, après tout, ont souvent donné lieu aux spectacles les plus mémorables du festival. Les Colocs, Robert Charlebois, Loco Locass et les Cowboys fringants, Lisa Leblanc et Daniel Bélanger… Que du beau, que du grand, des pièces reprises en chœur par un public enflammé. De folles décharges d’énergie et de bonheur.

Et puis alors, cet hommage à Desjardins ? C’était bien, ou pas ? À la hauteur ?

Et puis bof. L’album, déjà, malgré des critiques dithyrambiques, ne nous avait guère enthousiasmé. L’ensemble était trop sage, en demi-teintes, presque lisse : y manquaient les élans farouches de Desjardins, son bagout inimitable, son talent inné de conteur, son élan. C’est le grand problème des hommages, sur disque comme sur scène : ils souffrent presque toujours de la comparaison, qu’ils hésitent ou qu’ils osent. Il n’y avait guère que la reprise de la monumentale Les Yankees, par Klô Pelgag et Philippe Brach, pour s’élever haut au-dessus d’un lot qui, pour être honorable, n’en demeurait pas moins éminemment oubliable et quelque peu décevant.

En spectacle, la magie n’opère pas davantage, si l’on excepte quelques précieux moments. La version d’Au pays des calottes de Stéphane Lafleur, livrée en tout début de spectacle, arrachait presque les larmes : le ton, le rythme, le chœur recueilli et ému du public, tout était parfait. Il y a eu, aussi, la douce Jenny de Keith Kouna et la splendide Le Cœur est un oiseau, offerte par une Mara Tremblay à fleur de peau. Réunis en duo à la toute fin du spectacle, les deux interprètes, décidément en état de grâce, ont transcendé l’immense Et j’ai couché dans mon char. Du grand art.

Pour le reste, le spectacle était trop inégal, incapable de trouver le ton juste entre les grandes envolées poétiques et engagées du chanteur abitibien, souvent plus lentes et introspectives, et ses « chansons de bum », férocement drôles et dynamiques. Résultat : un public désorienté, peu investi, ne sachant pas sur quel pied danser (ni même s’il fallait danser). Le show, malheureusement, n’a jamais su prendre son envol, malgré un début prometteur : les trop nombreux segments slamés par Queen Ka, malgré la beauté des textes de Desjardins, sont tombés à plat ; même Yann Perreau, perché au sommet de l’escalier de l’école Thomas-Tremblay, n’est pas parvenu à soulever durablement la foule. Pour être franc, on n’est pas certain du tout que le spectacle soit un bon show de festival, à sa place sur une grande scène extérieure (même si, et c’est un comble, il a été conçu pour ça). Le tout aurait été davantage adapté au public plus sage et à l’acoustique plus précise d’une grande salle. Dommage.

Bilan : en attendant Jean Leloup

On l’a connu petit, négligé, anonyme, écrivait-on plus tôt. Le Festif ! n’est plus rien de tout cela. L’événement a sans doute atteint depuis deux ans les limites physiques de son site : soir après soir, la cour de l’école Thomas-Tremblay, qui accueille la scène principale, est remplie à pleine capacité, au point qu’il est presque impossible de circuler dès la première prestation et qu’il ne reste guère que la petite portion près de l’entrée, à gauche de la scène, pour ainsi dire hors de vue des artistes, pour respirer un peu. De nombreux après-Festif ! ont affiché complet des jours, sinon des semaines à l’avance, tout comme certains shows en salle ou sous les chapiteaux ; les shows-surprises, attendus avec impatience, attirent des masses de festivaliers branchés à un réseau souvent cahoteux, traqués pas à pas par ceux qui n’ont pas leur appareil intelligent sous la main. De là la déception des retardataires, des visiteurs impromptus ou de certains spectateurs fidèles attachés au côté plus intime, familial qu’a pu avoir le festival. Désormais, impossible d’écouter tranquillement son groupe préféré pendant que les enfants courent partout. La rançon de la gloire, quoi !

Alors oui, petit Festif ! est devenu grand. On se précipite pour le voir, on en parle, on le vante sur les réseaux sociaux et les médias d’un bout à l’autre de la province. La machine a grossi. L’atelier aurait aisément pu devenir une usine – le peut encore. Mais, heureusement pour nous, malgré les inévitables contrecoups de la croissance, l’événement a su conserver ce qu’on ose appeler son âme. Il évolue maintenant dans un corps d’adulte… mais, toujours, avec le même esprit d’enfant ou de grand ado éclaté, aventureux, généreux et émerveillé. Ils rêvent toujours, Clément et ses comparses. L’année prochaine, pour le dixième, ils espèrent Jean Leloup. Paradis City à Baie-Saint-Paul ? Et pourquoi pas ? Après tout, c’est le Festif !





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