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Une légende au Domaine Forget
Arts et culture - Entrevue

Un texte de Nathan Murray. Entrevue et réalisation vidéo: Elise Tremblay. Photos: Sylvain Foster.

Journée exaltée au Domaine Forget : dans la salle Françoys-Bernier, on murmure et on se presse, avec une fébrilité inhabituelle. Le public attend - et il attend impatiemment. Il y a quelque chose du concert rock ou des folles années de la variété française dans cette veille presque survoltée. La salle est archicomble - certains attendent depuis près d'une heure l'ouverture des portes, espérant sans doute apercevoir un instant leur idole avant qu'elle ne monte sur scène. Car c'est bien d'une idole, d'un monstre sacré, d'un monument qu'il s'agit : celui qui s'apprête à monter sur scène fait courir les foules depuis cinquante ans. Il a ses fans, ses inconditionnels, ses purs et durs. Quinze millions d'albums vendus en carrière, en francophonie, ça vous nourrit une légende. Julien Clerc, il s'appelle. Vous connaissez ?

Une chose est sûre : dans la salle Françoys-Bernier, ce jour là, on ne connaît que lui. L'auteur-compositeur-interprète québécois King Melrose est bien parvenu, le temps d'un tour de chant mené avec humour et assurance, à se faire une place dans le coeur des spectateurs, mais ces derniers sont bien vite revenus, une fois la première partie terminée, à leur amour passionné du jour. Et lorsque Julien, tout de noir vêtu, les souliers vernis, la démarche assurée, monte finalement sur scène, décochant au passage à la foule l'un de ses sourires éclatants et ravageurs, c'est l'explosion. Gens de tous âges applaudissent à tout rompre, dans une salle étonnamment bigarrée. Étonnamment ? Pas vraiment. Certaines mélodies, certains textes résistent sans mal à l'épreuve du temps. C'est là le propre des chansons immortelles : leur magie opère, peu importe la génération. Il suffisait de jeter un coup d'oeil à la salle du 11 juin dernier, aux quelques trentenaires exaltés et aux soixantenaires revivifiés, pour s'en convaincre.

Sur scène, deux hommes et deux pianos : la prestation se veut intimiste, épurée. Après cinquante ans de carrière, Julien Clerc connaît son public : c'est avec un art consommé qu'il débute son concert, tranquille, allumé, habité d'un professionnalisme qui n'exclut pas la passion. Et puis, après quelques pièces, il se lève et quitte son banc ; planté au milieu de la scène, droit, il entonne Ballade pour un fou, la Balada para un loco de Piazzolla, traduite par son fidèle complice Étienne Roda-Gill ; l'immense interprète emplit la salle ; le public, séduit et stupéfait, est emporté par la vague. Une déchirante J'ai le coeur trop grand pour moi, une Mélissa dansante et facétieuse, une nostalgique et émouvante C'est en septembre - vibrant hommage à Bécaud -, une Californie ensoleillée et une Coeur de rocker survoltée rythmeront par la suite un concert souvent puissant, toujours parfaitement maîtrisé. Le concept du récent album Fans, je vous aime, sera même mis à profit le temps de quatre chansons, moins connues que certains grands succès mais pas moins belles, choisies par un public connaisseur. Quand on vous dit qu'il sait y faire, Julien Clerc, à soixante-neuf ans bien tassés !

Soixante-neuf ans, Julien Clerc ? Allons donc! Il en paraît dix de moins - à l'oeil, et à l'oreille. Ils sont légions, les jeunes poulains qui n'ont pas cette puissance, cette présence, cette vérité dans leur chant. Le passage des années l'a enrichi plutôt qu'appauvri : il y a désormais dans cette voix autrefois parfaite comme une légère fêlure, une fine craquelure sur une surface patinée par les années - un supplément d'âme, pourrait-on dire. Soixante-neuf ans, et frais comme Aznavour, avec ça : la légende de la chanson française a passé près de deux heures sur scène, sans prendre la moindre pause. Ça impose le respect, forcément : il y avait, dans cette performance, toute Pianos qu'elle soit, une heureuse rencontre entre le poétique et l'athlétique. La scène, réellement, était habitée ; la voix, la posture et le regard du chanteur, la rareté du moment, l'écoute tantôt quasi-religieuse, tantôt exubérante du public, l'acoustique exceptionnelle du lieu, tout contribuait à donner au spectacle une intensité émotionnelle exceptionnelle. Bref, c'était magnifique. Et au diable la mesure : on est fan ou on ne l'est pas!

Avant le spectacle, une rencontre. Le voici qui survient, calme et nonchalant, en blouson de cuir malgré la chaleur. Il est quinze heures ; dans un peu plus d'une heure, il montera sur scène. La veille, il était au Saguenay ; demain, il sera à Sainte-Thérèse, en banlieue de Montréal. Sa récente tournée l'a mené aux quatre coins du Québec, et jusqu'au Nouveau-Brunswick : douze dates en un peu plus de deux semaines, sans les supplémentaires. Un marathon, qu'il reprendra à l'automne.

Pour autant, l'artiste ne semble accuser aucune fatigue. Négligemment, la vedette française s'accoude à la rambarde qui ceint la mezzanine de la salle Françoys-Bernier, au-dessus du hall. Pendant une vingtaine de minutes, avec une grande générosité, Julien Clerc a accepté de répondre à nos questions, nous parlant de sa carrière, de son amour pour le Québec et pour ses fans, et de sa passion, toujours vive, toujours intacte, pour son métier. Une réflexion pertinente et personnelle sur la chanson, sur la magie des pièces qui durent et qui traversent les générations, et surtout sur le plaisir de la scène et de la musique.





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